Le bioterrorisme comme nouvelle forme de menace mondiale : Cas du Covid-19 ?

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By Samar Khamlichi* |

Résumé

Le bioterrorisme peut se définir comme un ensemble d’opérations de dissémination délibérée d’agents biologiques ou de toxines afin de nuire à des personnes, des animaux ou des plantes ou de provoquer leur décès, dans l’intention d’intimider un gouvernement ou une population civile ou de les contraindre à servir des objectifs politiques ou sociaux. Un concept qui n’est pas nouveau dans l’histoire des relations internationales, il revient aujourd’hui comme sujet de débat avec l’apparition en début décembre 2019 à Wuhan en Chine du Covid-19. L’hypothèse selon laquelle le virus a été fabriqué dans des laboratoires est possible, mais qui demeure non confirmée en l’absence de fondement scientifique. Fabriqué ou non, le coronavirus constitue une nouvelle forme de terrorisme, au vu de la terreur causée sur la population et étant donné les conséquences sur le développement économique des Etats touchés.

Mots-clés :

Bioterrorisme ; Covid-19 ; Ordre mondial ; intérêts ; politiques ; sociaux ; économiques ; Chine ;

Coronavirus ; Wuhan ; terreur ; laboratoires ; fabrication ; arme biologique ; guerre ; histoire.

Abstract

Bioterrorism can be defined as a set of deliberate release of biological agents or toxins in order to harm or cause death to people, animals or plants, with the intention of intimidating a government or a civilian population or to compel them to serve political or social objectives. A concept that is not new in the history of international relations, it returns today as a subject of debate with the appearance in early December 2019 in Wuhan, China, of a virus called Covid-19 (Coronavirus). The assumption that the virus was made in laboratories is possible, but remains unconfirmed in the absence of scientific basis. However, it is clear that the economic and political interests generated by this global crisis exist. In any event, whether manufactured or not, the Coronavirus constitutes a new form of terrorism, given the terror that this virus causes on the population and given the consequences for the economic development of the affected States.

Keywords:

Bioterrorism; Covid-19; World order; interests; political; social; economic; China; Coronavirus; Wuhan; terror; laboratories; manufacturing; biological weapon; war; history.

Introduction:

Avec la même finalité que l’idiologie du terrorisme celle de provoquer la terreur et l’assassinat, le bioterrorisme est défini comme étant un ensemble d’opérations de dissémination délibérée d’agents biologiques ou de toxines afin de nuire à des personnes, des animaux ou des plantes ou de provoquer leur décès, dans l’intention d’intimider un gouvernement ou une population civile ou de les contraindre à servir des objectifs politiques ou sociaux. Il existe une multiplicité de définitions qui se chevauchent en ce qui touche les moyens et l’intention de provoquer le terrorisme. Cependant, nous considérons que l’existence de l’élément « intention » n’est pas forcément obligatoire pour qualifier un acte de bioterrorisme. Notre hypothèse repose plutôt sur le résultat qui est à notre sens lié à la terreur. En effet, qu’elle soit une simple transmission innocente ou accidentelle du virus, ou une fabrication et propagation voulue, cette opération fait l’objet de bioterrorisme, dans la mesure où elle engendre la terreur chez la population et les Etats touchés.

A partir de cette hypothèse, nous considérons qu’il existe une nouvelle forme de menace terroriste que la communauté mondiale doit faire face, avec l’apparition d’un virus appelé Covid-19 à Wuhan en Chine, en Décembre 2019. Ce virus est propagé dès lors partout dans le monde de manière assez rapide et inquiétante. Sans fondement scientifique, nul ne peut confirmer que le virus est fabriqué dans des laboratoires pour être diffusé par la suite partout dans le monde, mais ce qui est une certitude c’est la terreur provoquée.

L’objectif de ce travail est d’essayer de comprendre comment le bioterrorisme peut-il constituer une nouvelle forme de menace terroriste mondiale et quels sont ses enjeux politiques, économiques et sociaux ?

  1. Histoire du bioterrorisme : Deux périodes marquantes

Le bioterrorisme n’est pas un phénomène récent, mais il a été fréquemment utilisé par les grandes puissances. Deux étapes historiques marquent l’histoire du bioterrorisme, à savoir : la période d’avant Jésus Christ au 18ème Siècle (1) ; et l’ère du 18ème au 20ème Siècle (2). Les guerres biologiques durant ces périodes ont été très fréquentes par le biais de pollution par les agents biologiques ou  par l’utilisation des maladies infectieuses. En effet, l’absence du droit international et par conséquent  des règles et des  principes de l’éthique dans les relations internationales ont fait que ces puissances aient eu recours à ces guerres biologiques.

  1. D’avant Jésus Christ au 18ème Siècle : armes toxiques et pollution des eaux

Avant Jésus Chris, l’utilisation des flèches toxiques en les trompant des cadavres pourris était une pratique très connue dans les guerres à l’époque. Une autre tactique exercée par les grecs était la pollution des puits des terres ennemies avec des cadavres d’animaux. Elle a été réemployée ensuite par le Général Johnson, pendant la guerre civile américaine de 1863 dénommée « la guerre de Sécession ». S’ajoute à cela, un tournent vers le vin, lorsque les soldats espagnols ont empoisonné des soldats français par du vin contaminé avec le sang des lépreux.

  • Du 18ème au 20ème Siècle : un tournant vers l’élargissement des agents utilisables

Depuis le développement de la bactériologie au 18ème siècle, il y a eu un tournant vers la propagation des maladies infectieuses pour réaliser des objectifs politiques. Nous pouvons citer les événements historiques suivants :

En 1763, des couvertures infectées du virus de variole ont été distribuées contre les indiens d’Amérique du Nord sous les ordres du commandant anglais des forces armées en Pennsylvanie des Etats Unis.

En 1915, durant la première guerre mondiale, les italiens ont accusé l’Allemagne d’avoir utilisé et propagé le choléra en Italie.

En 1929, l’Union Soviétique a créé un centre de recherche lié aux armes biologiques. Deux ans plus tard, l’armée japonaise a également créé trois centres en guerre biologique.

De 1940 à 1944, par voie aérienne, le Japon a lancé sur 11 villes de la Chine des bombes à fragmentation et en porcelaine remplies de virus de la peste, mais aussi des puces et des graines de riz infectées par le virus pour faciliter la propagation via les rongeurs.

De 1941 à 1942 : A l’époque de la deuxième guerre mondiale, après avoir créé des centres de recherche en armes biologiques, la Grande-Bretagne a essayé la dispersion de la maladie du charbon sur l’île de Gruinard au nord-ouest de l’Écosse, cette île est restée en quarantaine jusqu’à l’année 1986, elle est depuis désinfectée.

En 1952, les Etats Unis ont été accusés, d’avoir propagé la maladie du choléra durant la guerre de Corée (qui opposait la Corée du Nord et la Corée du Sud).

Aux Etats Unis, dans les années 50 et 60 et dans le cadre de la coopération avec le Canada et le Royaume-Uni, des scientifiques du programme des armes biologiques de Fort Detrick ont effectué une série de tests pour déterminer à quel point il serait facile d’exposer un grand nombre de personnes à une bactérie mortelle. Selon le département de la sécurité intérieure, des conteneurs de bactéries non toxiques ont été plantés dans le métro de New York, des bactéries ont été secrètement pompées dans le système de ventilation du Pentagone et des nuages de bactéries ont été libérés à San Francisco. Et les germes étaient destinés à infecter mais non à tuer des humains, ils ont été testés sur des objecteurs de conscience dans l’armée.

  1. Le Covid-19 : agent biologique à menace terroriste

Schéma synthétique*

*Schéma de l’auteur.

Depuis son apparition dans la ville de Wuhan, capitale de la province du Hubei en décembre 2019, le Covid-19 demeure un virus mystérieux que même l’Organisation Mondiale de la Santé n’a pu donner des informations exactes sur son origine et ses modes de propagation, avec des conseils parfois contradictoires, comme le port de masque de protection. En effet, outre les biologistes et les virologues, les chercheurs des relations internationales, des sciences politiques et des sciences sociales ont été interpellés sur cet agent biologique, qui à notre sens est caractérisé par l’ambiguïté, la rapidité de transmission, et la diversité des hypothèses sur ses origines.

  1. Ambiguïté et rapidité de transmission

Depuis sa découverte, le Covid-19 est considéré comme un virus ambigu pour les chercheurs de toutes les disciplines, l’OMS et les gouvernements. En effet, nous avons remarqué qu’il y a beaucoup de controverse sur les modalités de transmission du virus entre les virologues et les biologistes européens, américains, canadiens, etc. ; mais également des controverses sur les traitements à adopter, le délai de propagation du virus dans le monde et la possibilité de développer un vaccin. Des meilleurs laboratoires issus des pays développés en matière de recherche scientifique, technologique et industrielle, incapables d’unifier leurs opinions sur le virus le plus mystérieux du 21 ème siècle !

Outre son ambiguïté, le Covid-19 est un virus qui se propage très rapidement. Il a entraîné jusqu’à aujourd’hui le 18 avril 2020, un total de 146 088 morts dans le monde, avec 2 160 207 de cas confirmés. Par conséquent, le risque de mortalité est grave surtout que le virus n’a pas de vaccin ni encore de traitements efficaces à 100% et les régions les plus touchées avec des taux de mortalité très augmentés sont l’Europe et l’Amérique, en comparaison avec les autres régions de la planète (voir le tableau ci-dessous).

Situation de propagation du Covid-19 par région*

RégionsCas confirmésDécès
EUROPE1 086 88997 201
AMERIQUE784 27235 742
PACIFIQUE OCCIDENTAL129 2565598
MEDITERRANEE ORIENTALE120 6835784
ASIE DU SUD-EST25 2911134
AFRIQUE13 104616

*OMS, 18-04-2020.

De là, nous remarquons que le virus s’est propagé de manière assez rapide partout dans le monde et cela peut s’expliquer par la mobilité internationale des marchandises et des personnes notamment par voie aérienne et maritime, et malgré l’annulation des vols par un bon nombre de pays, le virus continue à se transmettre avec une inflexion vers la population locale.

  • Diversité des hypothèses

Outre l’ambiguïté du Corona virus, la rapidité de sa transmission, les hypothèses sur ses origines sont diverses et controverses. Nous en déduisons les hypothèses suivantes :

  • Quelqu’un sur le marché des fruits de mer de Huanan à Wuhan a été infecté par un virus provenant d’un animal (chauve-souris, pangolin ou serpent) (déclaration officielle de la Chine) ;
  • Le virus s’est propagé accidentellement à partir d’un laboratoire de virologie à Wuhan ;
  • Le virus aurait été introduit en Chine par l’armée américaine (théorie du complot) ;
  • Le virus aurait été créé par les chercheurs chinois (théorie du complot).

Transmis par un animal

Selon cette hypothèse, le virus a été transmis à partir d’un animal vers l’humain, qu’il soit chauve-souris, pangolin ou serpent, les chercheurs internationaux considère cette hypothèse comme plausible. Les enquêtes ont démontré que les chauves-souris et les pangolins sont les seuls espèces animales qui peuvent héberger des coronavirus qui sont proches du Sars-Cov2, néanmoins, la chaîne de transmission est à déterminer. Cette hypothèse reste donc relative qui manque encore de vérification scientifique.

Sorti accidentellement d’un laboratoire P4

Une hypothèse américaine considère le Covid-19 comme étant un virus sorti accidentellement d’un laboratoire P4 à Wuhan. Il faut rappeler que ce laboratoire a été créé en 2015 par l’institut de virologie administré par l’Académie chinoise des sciences, il est parmi les meilleurs laboratoires P4 dans le monde et collabore avec la France , mais aussi avec le laboratoire américain de l’Université de Texas. L’objectif de sa création est de mieux comprendre et maîtriser les pandémies et les épidémies. Toutefois, des enquêtes menées par les services de renseignements français et américains ont révélé que la Chine n’a pas construit un seul laboratoire P4 comme elle avait promis aux américains et aux français, ce manque de transparence selon leurs prétentions a soulevé des doutes sur l’intention de la Chine de vouloir créer des armes biologiques. Cette hypothèse est possible mais qui n’a pas d’éléments concrets et de fondement scientifique, surtout que les relations entre Etats Unis et la Chine sont dernièrement sous tensions (guerre froide économique), idem pour la France paniquée par l’essor économique du dragon chinois.

Introduit en Chine par l’armée américaine (théorie du complot)

Il s’agit ici d’une hypothèse issue d’un diplomate chinois en mars 2020, en pleines tensions entre les Etats Unis et la Chine. Le diplomate Zhao Lijian a tweeté que le Coronavirus a été introduit en Chine par l’armée américaine dans l’intention de le propager dans le pays. Cette hypothèse comme la précédente demeure sans fondement scientifique et sans aucune preuve concrète.

Créé par les chercheurs chinois (théorie du complot)

Selon le professeur de droit international à l’Université Illinois de Chicago, Francis Boyle, spécialiste des questions de terrorisme et de guerre biologique, il a affirmé dans une interview donnée le 30 janvier 2020 à Geopolitics & Empire, que le Covid-19 est une arme biologique créée par la Chine et que l’Organisation Mondiale de la Santé est au courant ! Le professeur Boyle aborde également le rapport exclusif de GreatGameIndia sur le Coronavirus. Ce rapport a évoqué comment les agents chinois de la lutte biologique travaillant au laboratoire canadien de Winnipeg ont été impliqués dans la contrebande de Coronavirus au laboratoire de Wuhan d’où il aurait été divulgué. D’ailleurs, il est à noter que la Chine a été critiquée plus particulièrement par les Etats Unis pour retard et faute d’information suffisante sur les modalités de transmission et les mesures à prendre pour lutter contre ce virus. L’hypothèse que le coronavirus aurait été créé par la Chine et les soupçons soulevés plus haut sont encore à enquêter particulièrement par les institutions spécialisées de l’ONU vu leur neutralité autour de la question, pour pouvoir affirmer ou infirmer ces prétentions.

Conclusion

Pour conclure, nous pouvons déduire que l’histoire du bioterrorisme n’est pas récente, mais qui a commencé avant la période Jésus-Christ. De plus est, une première remarque s’impose sur le fait que le bioterrorisme s’est manifesté de manière claire durant les guerres, à travers la propagation des maladies infectieuses à partir du 18ème siècle. Ces pratiques ont été enfin dénoncées par la communauté internationale par l’adoption et l’entrée en vigueur en 1928 du protocole de Genève sur la prohibition d’emploi à la guerre de gaz asphyxiants, toxiques ou similaires et de moyens bactériologiques, ce protocole fait partie du droit international coutumier. Cependant, les lacunes du protocole et la volonté d’interdire aussi la fabrication et le stockage des armes biologiques, ont amené les Etats à signer en 1972, la convention sur l’interdiction de la mise au point, de la fabrication et du stockage des armes bactériologiques (biologiques) ou à toxines et sur leur destruction. Le protocole et la convention expliquent  la volonté des Etats contemporains d’interdire l’emploi des agents biologiques dans le terrorisme. Toutefois, nous assistons aujourd’hui à la réapparition d’un ennemi bioterroriste à l’ère du 21ème siècle, au vu de son ambiguïté, sa rapidité de transmission partout dans le monde et ses hypothèses diverses autour de ses origines. Le Covid-19 demeure un virus d’origine inconnue, avec des conséquences économiques, sociales et humaines néfastes. Sans pour autant confirmer les hypothèses évoquées, il s’agit pour nous d’un agent biologique à menace « terroriste » du fait qu’il a terrorisé la plupart des Etats et des populations du monde entier avec des conséquences durables. La menace bioterroriste débutée par le Coronavirus constitue une nouvelle forme de terrorisme international auquel la communauté mondiale devrait faire face. Sous l’égide de l’ONU, il faudrait plus particulièrement renforcer le contrôle onusien des laboratoires de virologie. Sur le plan national, les Etats devraient prendre des mesures plus efficaces afin de mieux contrôler les laboratoires scientifiques pour éviter toute tentative de transfert des agents biologiques aux organisations terroristes. Il faut rappeler qu’en 1989, les services de renseignements américains ont estimé que pour une démarche à grande échelle sur une population civile, il faut dépenser 2000$ par km2 à l’utilisation des armes classiques, 800$ avec des armes nucléaires, 600$ avec des armes chimiques et ‘01 dollar’ à l’utilisation des armes biologiques!

*Enseignant-chercheur à l’Institut des Etudes Africaines, Université Mohamed V, Rabat, Maroc.

samar.khamlichi@um5.ac.ma  

Références 

Alexis Orsini. Le coronavirus, originaire d’un laboratoire de Wuhan lié à la France ? Retour sur une rumeur virale. 20 minutes.fr, 31/01/ 2020.

Coronavirus disease 2019 (COVID-19) Situation Report – 89, Data as received by WHO from national authorities by 10:00 CEST, 18 April 2020.

Debord, T, et al. « Les armes biologiques », Topique, vol. no 81, no. 4, 2002, p. 4.

GreatGameIndia. Visualizing The Secret History Of Coronavirus Bioweapon. Rapport exclusif. 22/03/2020.

How did Coronavirus start and where did it come from? Was it really Wuhan’s animal market? Cf. https://www.theguardian.com/world/2020/apr/15/how-did-the-coronavirus-start-where-did-it-come-from-how-did-it-spread-humans-was-it-really-bats-pangolins-wuhan-animal-market.

Julie Kern. Le pangolin est source de coronavirus proches du SARS-CoV-2. 04/04/2020, https://www.futura-sciences.com/sante/actualites/coronavirus-pangolin-source-coronavirus-proches-sars-cov-2-79290/

Leonard Col.  How the U.S. Government Exposed Thousands of Americans to Lethal Bacteria to Test Biological Warfar. July 13, 2005.

Lexpress.fr avec AFP. Coronavirus : Pékin soupçonne l’armée américaine d’avoir apporté le virus en Chine. 13/03/2020.

Samar KHAMLICHI, professeure des Sciences politiques, institut des études africaines, Université Mohamed V, rabat.

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